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Black-out sur les mercenaires de Côte d’Ivoire

Article publié le vendredi 28 juillet 2006 par Mariama
Mis à jour le dimanche 12 août 2007

Black-out sur les mercenaires de Côte d’Ivoire

« De deux choses l’une : ou la DGSE est un ramassis de pieds-nickelés, ou, pour ménager Gbagbo, Eyadéma et même la Biélorussie, on a joué aux cons. »

Ces amabilités, on les doit à un galonné, retour de Côte d’Ivoire. Il a suivi de près l’affaire dite « de Bouaké », à savoir le bombardement d’une base de l’aviation française par l’aviation ivoirienne, le 6 novembre 2004, qui a coûté la vie à neuf de nos soldats. Dix-huit mois après les faits, l’enquête piétine.

Les agresseurs sont parfaitement identifiés : il s’agit de deux pilotes biélorusses, mercenaires de leur état, qui épaulaient les aviateurs ivoiriens et ont depuis regagné leurs pénates. En désespoir de cause, Jean Balan, l’avocat des familles, a demandé, début juin l’audition du chef d’état-major des armées, de MAM et, tant qu’à faire, de Villepin. Motif de cette curiosité : les services français et leurs homologues du SCTIP (le service de coopération du ministère de l’Intérieur, faux nez de la DST) ont reçu l’ordre de Paris de laisser filer les mercenaires après leur interrogatoire sur place.

Dans sa déposition, le 10 février dernier, devant la juge Raynaud, juste avant qu’elle ne soit écartée du tribunal aux armées, le patron de la DGSE est catégorique : c’est bien simple, il ne sait rien. En ce qui concerne les documents transmis par la DGSE sur la difficulté d’identification des auteurs, il ose cette parade : « Les auditions avaient été réalisées par les forces françaises, mais la DGSE n’a pas été destinataire de ces auditions. »

La preuve qu’ils sont cachottiers, les collègues ? Sur l’identité des pilotes biélorusses et les photos prises après le raid meurtrier, même black-out des militaires de l’opération « Licorne ». « Nous ne savions pas que parmi les huit ressortissants biélorusses présentés comme des techniciens il pouvaient y avoir les pilotes des deux Sukhoi » affirme le chef barbouze, alors que cette info a déjà fait le tour des popotes en Côte d’Ivoire.

L’explication de cette belle et bonne enquête, on la trouve dans l’audition de l’ancien ministre de l’Intérieur François Boko. Car c’est par le Togo qu’ont transité les armes et les avions qui ont servi au bombardement, matériel aimablement fourni par un gentil garçon, Robert Montoya, ancien gendarme français reconverti dans la vente d’armes. Après leur opération, les mercenaires ont été repérés dans ce même pays, et le ministre Boko raconte : « Nous avons sollicité à la fois la DGSE ainsi que le SCTIP, qui ont demandé à paris la conduite à tenir. Les instructions données étaient de ne rien faire par rapport à ces Biélorusses. Le Lieutenant-colonel Velseder, de la DGSE, m’avait dit que Paris souhaitait temporiser. »

Il suffisait de la dire.

B.R.

Le Canard Enchaîné du mercredi 14 juin page 4.

Publié avec l’aimable autorisation du Canrd Enchaîné.

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